Après avoir inauguré la mairie de Mamoudzou et discouru sur la départementalisation de Mayotte, François Fillon s’est rendu au Conseil général pour tirer un bilan provisoire des Etats généraux de l’Outremer.
Le deuxième et dernier rendez-vous de François Fillon avec les Mahorais, après l’inauguration de la mairie de Mamoudzou au cours de laquelle il a discouru sur la départementalisation et le Plan de relance, était consacré aux Etats généraux de l’Outremer, samedi 11 juillet.
Dans un hémicycle plein, dont l’entrée a été interdite au public, le Premier ministre a d’abord écouté les propositions des présidents des huit ateliers(lire ci-dessous) et le mot de bienvenu du président de la collectivité, Ahmed Attoumani Douchina. La plupart des principaux acteurs politiques et socio-économiques de l’île étaient présents : les secrétaires généraux des quatre confédérations syndicales, le président du Medef, les présidents des trois chambres consulaires, de nombreux conseillers généraux, les trois parlementaires, des responsables administratifs…
Rappelant qu’il ne s’agit pas de « conclure les Etats généraux » mais de « poursuivre le dialogue », M. Fillon s’est dit « désolé de n’avoir pas assez de temps à accorder » sur ce point. « Personne n'aurait compris que le Premier ministre passe dans la région et ne fasse pas ce geste » d’aller en Grande-Comore suite au crash de l’A310, a-t-il expliqué.
Après avoir félicité les « acteurs de cet exercice difficile » pour « la qualité du travail » mené - ce malgré l’indigence des propositions de la plupart des ateliers - et avoir affirmé que « Mayotte s’est véritablement approprié ces états généraux », M. Fillon a rappelé « le premier message » de ces Etats généraux : « Il n’y a plus aujourd’hui un Outremer, mais des Outremers ». Il a ainsi évoqué la future consultation des Martiniquais sur l’autonomie, tout en rappelant que les Réunionnais souhaitent conserver le statut de DOM et que les Mahorais « veulent devenir un département de la République française ».
Attendant les conclusions finales des ateliers et la synthèse qui en sera faite d’ici la fin de l’année, le ministre n’a pas annoncé grand-chose. Au sujet du pouvoir d’achat, il a confirmé la mise en place « permanente » dans l’île, « dès le troisième trimestre 2009 », d’un service « compétent en matière de concurrence et de répression des fraudes ». Il s’agit d’une vieille revendication des associations de défense des consommateurs, qui estiment que les monopoles en vigueur à Mayotte et les ententes illicites entre les commerçants favorisent la flambée des prix.
Au sujet de la problématique foncière, M. Fillon a annoncé qu’il signerait « dès (son) retour à Paris le décret relatif à la zone des pas géométriques » (ZPG). « Ce texte va permettre une politique raisonnée de régularisation foncière pour le particuliers. Nous allons pouvoir enfin sortir du cas par cas », a-t-il indiqué. Il permettra également à l’Etat de « mettre du foncier à disposition des communes pour construire des équipements collectifs et surtout du logement social », a-t-il ajouté. Aujourd’hui, de nombreux Mahorais qui vivent dans la ZPG sont considérés comme en situation irrégulière.
Enfin, au sujet du futur fonds de développement économique, social et culturel qui verra le jour avec la départementalisation effective en 2011, M. Fillon a indiqué que ses priorités iraient à l’aquaculture, à la pêche, au tourisme, mais aussi à la mise en place « de petites usines de transformation ».
M. Fillon a conclu en appelant les Mahorais à s’inspirer « des succès et des échecs » des quatre DOM existants. « Vous avez la chance d’arriver en dernier ! » a-t-il lancé, avant d’évoquer les écueils à éviter : un développement économique artificiel, une croissance prédatrice pour l’environnement, un renfermement insulaire…
Les propositions des ateliers
Chaque président des huit ateliers a eu quatre minutes pour présenter au Premier ministre ses propositions. Mais la plupart se sont contentés d’effectuer un constat de la situation plus que de proposer des actes concrets. Ibrahim Aboubacar, président de l’atelier sur l’identité et la culture, en a lancé quelques uns : création d’un centre du patrimoine mahorais, d’un Institut des langues et civilisations de Mayotte, d’un Centre de découverte de l’Islam… Il a également appelé à la « réorganisation » des pouvoirs publics dans le domaine. Ibrahim Boinahéry a proposé, pour le foncier, la création d’un établissement public de valorisation foncière qui aurait pour mission d’aménager des zones avant de les répartir équitablement.
Abdou Dahalani, président de l’atelier sur la production locale, a lui proposé de prioriser certains secteurs comme la « conquête de nouveaux marchés alimentaires » (supermarchés, cantines scolaires, hôpitaux), l’aquaculture et la brique de terre. M’hamadi Abdou pour le pouvoir d’achat a défendu « une vraie concurrence dans l’aérien » afin de faire baisser le coût du fret et « la fin de certains monopoles ». Enfin Michel Taillefer, président de l’atelier sur le dialogue social, a émis deux idées : la transformation de la Caisse de sécurité sociale en caisse général de sécurité sociale afin de mettre en place une retraite digne de ce nom à Mayotte, et le maintien de la commission consultative du travail.
Source : RC du site Malango Mayotte